TDAH et accessibilité numérique
avec Sonia Prévost
Bonjour et bonne année tout le monde !
Vous êtes maintenant 480 à recevoir cette newsletter chaque mois et ça me donne beaucoup d’espoir. À la fois sur l’intérêt grandissant pour l’accessibilité numérique et sur la prise en compte de la parole des personnes concernées. Merci pour tous vos encouragements et partages, ça compte beaucoup pour moi.
La newsletter évolue
J’ai rejoint le collectif Designers Éthiques pour participer à la création de ressources et d’évènements autour du numérique responsable. Cette activité m’amène à faire évoluer le rythme de la newsletter.
Pour continuer à vous proposer des contenus de qualité, les interviews seront désormais publiées un mois sur deux. Rendez-vous en mars pour la prochaine !
Appel à témoignages
J’aimerais rencontrer des personnes handicapées dont le cœur de métier n’est pas le numérique, qui rencontrent des difficultés avec les services en ligne ou y ont renoncé, et qui ont envie de partager leur expérience. Si vous connaissez des personnes concernées, vous pouvez leur transmettre mon adresse e-mail.
Journée de l’écoconception numérique
Je serai à la journée de l’écoconception numérique le 3 février 2026 à la MAS Paris, organisée par Designers Éthiques.
Pourquoi y aller ?
réfléchir collectivement à des pratiques numériques responsables,
comprendre les liens entre écoconception et accessibilité numérique,
rencontrer des designers investis sur les sujets qui vous animent.
Il est encore temps de réserver votre place. Attention, les places pour les ateliers sont limitées.
L’interview du mois : Sonia Prévost
Et maintenant, place au sujet du mois.
Je vous propose 5 conseils pour mieux prendre en compte les personnes avec un TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) en UX design. Pour ça, j’ai interviewé Sonia Prévost, consultante en accessibilité numérique chez Idéance.
Intégrer le TDAH dans vos choix d’UX design
1. Donnez un point d’entrée clair pour éviter le blocage
Une tâche peut sembler insurmontable si on ne sait pas par où commencer. Pour les personnes avec un TDAH, ce flou peut aller jusqu’à la paralysie de la tâche. L’action paraît trop vaste, l’effort mental trop important. Un bon design peut lever ce blocage en rendant le premier pas évident. Segmentez les démarches complexes en micro-étapes visibles, ou guidez les utilisateurs avec un court message d’amorce. Quand le parcours commence par une marche simple, c’est beaucoup plus facile d’avancer.
Ce qu’en dit Sonia
La paralysie de la tâche, une des façons de résoudre ça, c’est d’aller parler à quelqu’un pour me débloquer. Ou alors j’écris sur un bout de papier : “je suis bloquée sur cette tâche”. Pourquoi ? Quel est le premier petit pas que je peux faire ? J’ai tout un tas de petits processus comme ça pour compenser les effets du trouble.
2. Indiquez clairement les étapes d’un formulaire
Pour une personne avec un TDAH, l’enjeu n’est pas seulement de savoir où elle en est, mais d’anticiper l’énergie nécessaire. Un parcours dont on ignore la longueur peut sembler impossible à entamer. Indiquer clairement le nombre d’étapes aide à se préparer mentalement, à décider du bon moment pour commencer et à éviter d’épuiser une concentration déjà fragile.
Ce qu’en dit Sonia
Il y a aussi les formulaires qui ne m’indiquent pas où j’en suis du parcours. Si tu mets juste “étape 2” mais que tu me dis pas combien y’en a, ça sert à rien ! C’est pas la même charge cognitive s’il y en a 3 ou 6 pour moi. Il faut aussi se dire que je dois capitaliser sur les phases de concentration. Ce formulaire à étapes peut me demander toute mon énergie. Et donc parfois, je repousse les tâches qui vont me prendre trop de temps ou me demander trop de concentration.
3. Affichez l’information dont on a besoin pour avancer
Les personnes avec un TDAH peuvent avoir une mémoire de travail moins stable. Si l’interface fait disparaître l’information, c’est l’utilisateur qui doit la retenir. Par exemple, un placeholder qui disparaît dès qu’on commence à écrire, ou un formulaire à étapes qui ne montre pas ce qui a été saisi auparavant. Pour les personnes avec un TDAH, ce type de friction mobilise énormément d’énergie.
Ce qu’en dit Sonia
C’est super difficile pour les personnes avec un TDAH qui n’ont pas une bonne mémoire de travail et qui vont avoir tendance à oublier ce qu’elles ont mis entre l’étape 2 et l’étape de validation. Je vais passer mon temps à faire des aller-retours entre les étapes pour être sûre d’avoir mis les bonnes données. Ce qui me manque c’est un récapitulatif progressif de ce que j’ai entré au début de chaque étape. Comme ça, arrivée à la fin, je n’ai pas besoin de faire X fois le parcours en sens inverse pour vérifier ce que j’ai mis.
4. Facilitez l’accès aux actions récurrentes
On revient souvent dans un espace personnel pour les mêmes raisons : télécharger un justificatif, vérifier un contrat, suivre une commande… Quand ces actions sont difficiles à retrouver, on gaspille de l’énergie à réapprendre l’interface. Pour une personne avec un TDAH, ce coût est encore plus fort : la navigation doit être reconstruite à chaque visite, surtout si l’interface a changé. La difficulté vient moins de l’action elle-même que de l’effort pour la localiser. Offrir un accès direct aux tâches les plus fréquentes réduit cette charge et rend l’expérience plus fluide.
Ce qu’en dit Sonia
Je me connecte toujours pour les mêmes raisons. Et comme ce n’est pas souvent, il faut que je réapprenne où les trucs sont rangés à chaque fois. Ce qui pourrait m’aider c’est qu’il y ait des actions rapides à paramétrer sur la page d’accueil de mon espace personnel. Comme ça je n’ai pas besoin de tout réapprendre à chaque fois, surtout si l’interface évolue.
5. Laissez les utilisateurs contrôler les éléments en mouvement
J’en avais déjà parlé pour les personnes sujettes au cybermalaise : les éléments qui bougent peuvent vite devenir envahissants. Pour une personne avec un TDAH, la distraction arrive encore plus vite. Si vous utilisez du motion design, prévoyez toujours un moyen de mettre l’animation en pause. Ça vaut pour un carrousel, un gif, ou toute animation automatique.
Ce qu’en dit Sonia
Il y a plusieurs choses à expliquer pendant les sensibilisations que je donne qui sont assez dures pour moi. Par exemple, je me souviens que je devais montrer un carrousel qui tournait tout seul et c’était horrible. Je devais rester sur cette page pour montrer autre chose et donc je faisais toujours en sorte d’être juste en dessous du carrousel pour ne pas être agacée par ce truc qui tournait en boucle. On peut faire du motion design, des carrousels qui tournent tout seul, pas de soucis. Mais si vous ne prévoyez pas un bouton pause pour pouvoir l’arrêter, ça va me rendre dingue !
Pour aller plus loin
TDAH et accessibilité numérique avec Sonia Prévost : l’interview complète sur mon site.
Penser l’accessibilité numérique avec les handicaps cognitifs : le replay de l’excellent talk de Lison Fanuel à Paris Web en 2024.
Design neuroinclusif pour le TDAH : la case study d’une refonte de site que j’ai faite il y a quelques années pour soutenir les personnes avec un TDAH.
Trouble de l’attention avec hyperactivité avec Myriam Jessier : une interview d’Access42. Chaque personne étant unique, je vous recommande de lire plusieurs témoignages pour vous faire une idée plus précise de ce que veut dire vivre avec un TDAH.



